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7 janvier 2017 6 07 /01 /janvier /2017 10:41

 

Comment dire, lire un Diderot pour un challenge, pourquoi pas, mais...

Mais peut-être avec des pieds de plomb, m'attendant à une écriture ampoulée et obscure, une histoire alambiquée et incompréhensible, un discours occulte pour nous qui ne sommes plus de ce siècle-là.

Et pourtant, quelle découverte finalement !

Voici un homme qui fort de ses convictions humanistes va nous décrire intimement les revers d'une jeune fille enfermée contre son gré dans un couvent et son combat acharné pour recouvrer sa liberté perdue tout en respectant les règles internes de ces lieux contre nature. C'est une descente aux enfers alors qui se déroule sous nos yeux, avec la bénédiction de Dieu et de certaines de ses institutions, avec la bénédiction du monde séculier qu'il soit de pouvoir ou de famille.

Diderot, d'une farce entre amis, s'est pris au combat de la Religieuse au point d'en être investi. Son mémoire est un plaidoyer contre l'hypocrisie des uns et l'inhumanité des autres, contre l'illusion des uns et la folie des autres. Il nous ouvre la porte d'une demeure réservée aux 'appelées' mais qui souvent n'était peuplée que d'enfants non désirées ou illégitimes, de jeunes filles déshéritées ou perdues. Et même celles qui étaient portées par la voie, voyaient leur foi se ternir au fil des ans passés entre ces quatre murs clos, entre méchanceté et rigueur, entre solitude et perversion.

Il dénonce, par la voix de sa Religieuse, le non-sens d'une non-vie et sa plume court, sans perdre haleine, sans le vouloir même, et crie à l'injustice et à l'imposture. On sent une souffrance réelle de l'auteur devant tant de cruautés imposées, physiques et psychologiques, et ce, tout en restant profondément croyant car Dieu reste omniprésent dans le discours. Un Dieu de pardon et d'amour qui clairement n'a jamais demandé le sacrifice d'une vie au monde, à la société.

Une plume riche et sensible, qui touche, percute et interroge ; un vocabulaire riche et parfois suranné mais toujours juste ; des personnages enfin, plus vrais que nature, profonds d'innocence ou de folie, emplis de dureté ou de tendresse, complètement naïfs ou juste pervertis. Et ça se lit d'une traite tant le récit bouleverse...

 

« On veut que je sois religieuse ; peut-être est-ce aussi la volonté de Dieu. Eh bien ! Je le serai ; puisqu'il faut que je sois malheureuse, qu'importe où je le suis ! »

 

« Il me semble pourtant que, dans un État bien gouverné, ce devrait être le contraire : entrer difficilement en religion, et en sortir facilement. »

 

Et enfin, il ne faut pas oublier les préfaces, les car il y en a deux ! Celle en début de livre, là où est bien sa place, se lit pour mieux comprendre l'auteur et son temps, elle donne quelques clés au lecteur pour qu'il traverse sa lecture sans embuches. Et la deuxième, que l'on trouve bizarrement en fin d'ouvrage, est celle écrite par Diderot lui-même. Cette dernière termine le roman et donc, la brève vie de sa Religieuse.

Je ne pourrais dire si c'est un chef d’œuvre mais c'est un livre puissant où l'on sent toute l'implication de l'auteur et son profond humanisme.

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Published by Carine - dans Roman classique
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