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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 08:57

Et encore une belle découverte… Un recueil, petit par la taille mais grand par son contenu qui nous livre la vérité ou plutôt une vérité, celle d'André Gide, sur son travail d'écrivain.

Un journal qui commence le 17 juin 1919, les pensées prémisses du roman et se termine le 8 juin 1925, le point final est posé. Six ans de travail, de tortures mentales, de découragements, de moments d'extase, d'interrogations pour achever un roman dont même les personnages ont pris du temps à s'étoffer.

Ainsi, pour ses personnages, André Gide dit notamment :

« Les personnages demeurent inexistants aussi longtemps qu'ils ne sont pas baptisés ».

Mais aussi :

« Je tâche à enrouler les fils divers de l'intrigue et la complexité de mes pensées autour de ces petites bobines vivantes que sont chacun de mes personnages. »

Et encore :

« Le mauvais romancier construit ses personnages ; il les dirige et les fait parler. Le vrai romancier les écoute et les regarde agir ; il les entend parler dès avant que de les connaître, et c'est d'après ce qu'il leur entend dire qu'il comprend peu à peu qui ils sont. »

Et au fil des années, des voyages, des conversations avec ses amis, des rencontres, ses personnages prennent de la chair et deviennent des êtres à part entière qui le surprennent souvent.

Comme Claude Monet, l'auteur s'interroge et s'inquiète de ne pas parfaitement mettre toute sa matière, toute son âme dans son roman et parfois, pour un temps, les pensées se cristallisent... Et comme il s'exprime beaucoup mieux que moi, je lui laisse la parole, :

« Je préfère l'image de la baratte. Oui ; plusieurs soirs de suite j'ai baratté le sujet dans ma tête, sans obtenir le moindre caillot mais sans perdre l'assurance que les grumeaux finiraient bien par se former. Etrange matière liquide qui, d'abord et longtemps, refuse de prendre consistance, mais où les particules solides, à force d'être remuées, agitées en tous sens, s'agglomèrent enfin et se séparent du petit-lait. A présent, je tiens la matière qu'il me faut malaxer et pétrir. S'il ne savait d'avance, par expérience, qu'à force de battre et d'agiter le chaos crémeux, il verra se renouveler le miracle – qui ne lâcherait la partie ? »

Et le livre « Les faux-monnayeurs » est toujours dans sa tête même si d'autres travaux en cours prennent parfois le dessus. Si pas d'autres écrits qu'il faut finaliser, retravailler, des corrections de traductions, des traductions aussi ou encore des visites à des amis ou des voyages. Mais cela aussi aide à la création de l’œuvre...

« Le plus sage est de ne point trop se désoler des temps d'arrêt. Ils aèrent le sujet et le pénètrent de vie réelle. »

Et dans ce journal où est repris tout le parcours du roman, on découvre la difficulté de l'écrivain face à la page blanche, face à l'expression qui quand elle est écrite ne reflète pas complètement la pensée voulue ; on découvre le travail, le faire et défaire, la relecture et surtout la ré-écriture qui finalement conduira à la version terminée. On trouve alors un artiste qui comme le peintre gratte sa toile et la retouche et parfois recommence sans fin pour obtenir l'effet désiré.

Et d'un fait divers réel, qui a enclenché toute la réflexion, il faut parfois se détacher pour en tirer toute sa réalité et c'est là que l'imaginaire a sa place...

« Le difficile c'est d'inventer, là où le souvenir vous retient. »

Et au fil des pages, au fil des années, le récit se construit et ce qui devait être le premier chapitre, se voit repoussé par le roman lui-même comme le dit si bien André Gide :

« Le livre, maintenant, semble parfois doué de vie propre ; on dirait une plante qui se développe, et le cerveau n'est plus que le vase plein de terreau qui l'alimente et la contient. Même, il me paraît qu'il n'est pas habile de chercher à « forcer » la plante ; qu'il vaut mieux en laisser les bourgeons se gonfler, les tiges s'étendre, les fruits se sucrer lentement, qu'en cherchant à devancer l'époque de leur maturité naturelle, on compromet la plénitude de leur saveur. »

Je ne suis pas vraiment une lectrice de journal intime et pourtant, celui-ci m'a beaucoup émue. Non seulement l'écriture est très belle, mais bon, c'est André Gide quand même…, mais aussi il nous livre sa technique, son approche, son travail au jour le jour. Pour tous les écrivains en herbe, c'est un outil de travail ou plutôt, des idées pour concrétiser le rêve d'un roman.

« Les sources de nos moindres gestes sont aussi multiples et retirées que celles du Nil. »

Dans le cadre du challenge multi-défis 2016, je place ce journal pour l'item « Un roman épistolaire (journaux et mémoires acceptés) ». Ça change clairement de mes romances habituelles bien qu'il s'agisse ici aussi d'amour, l'amour du travail bien fait ;-)

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Published by Carine - dans Journal
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